Sur la pointe des pieds

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Champion d'Europe du 3 000 m steeple l'été dernier, après la disqualification de Mahiedine Mekhissi, YOANN KOWAL est, à 27 ans, un galonné discret. Qui peine à séduire au-delà du Périgord.

L'équipe Magazine : Yoann KowalLE TEMPS A PASSÉ, MAIS L'ÉTINCELLE peine à briller. Le 14 août dernier, à Zurich, Yoann Kowal décrochait le titre de champion d'Europe sur 3 000 m steeple. Malgré lui, presque par hasard. Pour avoir ôté son maillot

dans la dernière ligne droite d'une course qu'il avait survolée, Mahiedine Mekhissi avait été disqualifié. Kowal, tout à sa joie d'une deuxième place superbe, reçut alors le titre en héritage, comme une enclume sur le pied... Malaise renforcé par le respect entretenu à l'égard de Mekhissi. « Avant la course, j'étais en stress et Mahiedine était venu me voir dans ma chambre d'hôtel. Il avait eu des mots sympas, il m'a dit qu'il voulait qu'on fasse le doublé tous les deux, que j'étais capable de faire une médaille ! Puis avant l'échauffement, il est encore venu m'encourager. Ça m'avait vraiment touché. »
Six mois plus tard, il n'y a toujours rien de grandiose dans le bonheur. Car il lui en a fallu du temps, à Yoann, pour se convaincre que, le champion d'Europe, c'était bien lui. « Après la course, j'ai eu du mal à m'accaparer le titre, je défendais Mahiedine », reconnaît-il. Son coach, Patrick Petit Breuil, se souvient du vent mauvais de Zurich.

« La fête était un peu gâchée. On aurait dû faire une super fête pour sa deuxième place et, à l'arrivée, sa première laisse sur le moment un drôle de sentiment. » Le lendemain, sur le podium, Kowal a la mine froissée. En caporal-chef de gendarmerie, il respecte la levée du drapeau, mais descend illico après l'hymne sur la deuxième marche du podium pour les photos.
« C'est un moment que tu attends toute ta vie et, au final, ce n'est ni joie, ni tristesse, ni larmes. Tu imagines un moment de gloire et là... ben non, c'est juste un moment mitigé », raconte le natif de Nogent-le-Rotrou (en Eure-et-Loir), immigré en Dordogne dès sa prime jeunesse. Il lui faudra les bravos et l'admiration du peuple périgourdin à son retour en France, puis quelques semaines de vacances à Tahiti, loin de tout, pour faire le vide et accepter un titre qu'il n'a même pas frôlé sur la piste. « Sur cette finale, Mahiedine est plus fort que moi. Mais avec le temps, je me suis dit que je n'y étais pour rien dans tout ce qui était arrivé. Je ne vais pas ressasser ça toute ma vie. Aujourd'hui, pour moi, c'est acquis, je suis champion d'Europe. »

Et Mekhissi, il en pense quoi ? « Pour lui c'est du passé, il n'a pas envie d'en reparler, assure Kowal, je le comprends très bien, et moi non plus d'ailleurs. Tout ça n'a rien changé à nos relations. On n'est ni amis proches, ni ennemis. En stage, on va prendre un café ensemble, ça se passe très bien. D'ailleurs, Mahiedine, Florian Carvalho et moi, on va partir ensemble en stage dans l'Oregon le 1er avril ! » Car elle continue, cette carrière qui jusqu'à ce drôle de titre, ne s'était jamais vraiment déroulée à l'avant-scène. Une médaille de bronze sur 1 500 m aux Championnats d'Europe en salle de Turin en 2009, une place de finaliste (8e) aux Mondiaux de Moscou en 2013 et c'est à peu près tout.

L'équipe Magazine : Yoann KowalNé d'un père instit et champion de France scolaires du steeple, Yoann a très tôt la fibre. Sur la route d'abord, il se forge une « grosse caisse ». « Mais sur la piste il ne valait rien, zéro ! » se souvient Patrick Petit Breuil, dans les pointes de Yoann depuis qu'il a 16 ans. En tâtant du 1 500 m, il se fait vite un pied. Comme il ne rechigne pas au travail, s'astreint à une alimentation saine et gagne en tactique de course, il finit par prendre place dans le premier peloton européen d'une discipline, le 3 000 m steeple, largement dominée par les Kényans... et Mekhissi.

Même en or, sa vie n'a pas changé d'un carat. À Périgueux, Kowal promène humblement sa petite notoriété locale dans son 4 × 4 Volkswagen, alloué grâcieusement par la concession automobile Rebière, l'un de ses treize partenaires, tous implantés en Dordogne et dont dix lui étaient déjà acquis avant le titre européen à Zurich.

Mais aujourd'hui, les choses ont pris un peu d'ampleur... localement. Yoann Kowal est titré, reconnu, installé. À Noël, il a même souhaité de joyeuses fêtes à tous les Périgourdins en s'affichant sur les panneaux déroulants de la ville. « On a réussi, sourit Olivier, chargé depuis 2013, par le conseil général, d'accompagner Yoann. J'ai traversé Périgueux avec lui il y a peu, c'est pénible ! » Mais à l'échelle nationale, il faut croire que l'or du steeple-chaser n'est pas digne de mémoire. Asics a même lâché brutalement son champion d'Europe le 31 décembre 2014, dernier jour du contrat. Aujourd'hui sans équipementier, Kowal avance sur la pointe des pieds, quémandant du bout des lèvres 20 000 euros de matériel. « La recherche tend vers un ou deux partenaires d’envergure nationale », admet Olivier, qui a réussi à amener son poulain dans les tribunes du match de Ligue 1 Bordeaux - Saint-Étienne le 15 février, en espérant y croiser des repré- sentants d’Orange.

En attendant une autre lumière, Yoann, lui, vit sereinement sa vie de simple champion, financée par sa solde de militaire, 1 400 euros par mois, « ce qui me fait vivre », sourit-il. Dans son monde paisible, les sorties footing avec sa chienne Gaya au bord du canal sont de vraies bouffées de bonheur. « Je ne recherche pas la gloire. La médaille, elle est d’abord pour moi. Il y a eu une période dans ma carrière où je courais pour les autres. Mais je ressentais plus la peur de perdre que l’envie de gagner. Ici, à Périgueux, ma vie reste simple. Je ne suis pas dans l’exposition à tout crin », explique le futur marié, qui épousera sa compagne, Marianne, en septembre.

Et puis, pour rayonner autrement, il sait aussi qu’il doit prouver encore. Son premier grand titre de l’été dernier ne porte pas sa signature. Et il a sorti cet hiver des chronos assez irréguliers, avec notamment un très modeste 3’45”45*, synonyme de deuxième place le week-end dernier aux Championnats de France indoor sur 1 500 m. « J’ai couru comme un cadet. La gagne était vraiment accessible. »

L'équipe Magazine : Yoann KowalCes performances ne l’ont pas installé dans les meilleures conditions avant les Championnats d’Europe en salle, qu’il disputera sur 1 500 m à partir du 6 mars à Prague. Pour la médaille ? « C’est plus une course pour préparer l’été »,avoue- t-il. « Après, il va être attendu un peu partout. À partir du mois de juin, il aura la pression », prévient son coach. Car en août, ce seront les Mondiaux à Pékin. Un 3 000 m steeple qu’il faudra négocier en champion, un an avant les Jeux de Rio. « Cet été, je vise d’abord le chrono : moins de 8’10”. Et l’an prochain, la médaille aux JO. C’est peut-être trop élevé, trop ambitieux, mais je vise ça ! » clame-t-il, haut et fort, comme s’il voulait enfin se faire entendre au-delà du Périgord.

* Son meilleur temps sur 1 500 m est de 3'38"07 en indoor et de 3'33"75 en outdoor, et de 8'12''53 sur 3 000 steeple.

PAR DAVID LORIOT, À PÉRIGUEUX. © 2015 PHOTOS Corinne Dubreuil/Presse Sport
L'ÉQUIPE MAGAZINE DU 28 FÉVRIER 2015

 

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