Ci-dessous l'article paru dans le magazine Run-In-Live VO2, qui résume bien ma saison estivale.
Yoann Kowal : c'est passé juste
Espoir, Yoann Kowal va participer à ses premiers championnats du monde « avec les grands ». Cet hiver, habité « par la rage d'un guerrier », il avait décroché la 3ème place sur le 1500 mètres aux championnats d'Europe indoor de Turin.
Egalement auteur d'un chrono de 3'38''59 en salle, lors du meeting de Bercy, la saison sur piste s'annonçait bien et un temps de 3'34'' relevait du domaine du possible. Mais tout ira de travers en compétition et Yoko connaîtra le doute. Hanté par le blues du miler, il avait même envisagé de mettre un terme à sa saison à l'issue des Championnats de France Elite. Toutefois, poussé par les siens il se rendra au meeting de Monaco, où enfin il retrouvera « du boost », parvenant à porter son record à 3'35''39 et à décrocher in extremis son billet pour Berlin, où il entrera en scène le 15 à 18h15'.
VO2 - Dans un premier temps comment s'est déroulée votre saison sur piste ?
YK - J'ai effectué ma rentrée sur piste le 14-06 à l'occasion du meeting de Berlin. Je me suis présenté à cette épreuve, un peu fatigué. Je sortais de stage, j'avais couru les championnats du monde militaires en Bulgarie et direct, je me suis rendu en Allemagne. J'ai terminé 9ième en 3'36''80. Donc, vu ce que j'avais enchaîné, j'étais satisfait de cette course de rentrée, qui laissait augurer une belle saison. Après à l'entraînement, j'ai réussi des séances que je n'arrivais pas à passer l'an dernier. Je me disais que des chronos de 3'34'' devaient correspondre à ce travail et que ça allait passer. Là, j'avoue que je me suis mis une pression supplémentaire. Fin juin au meeting de Villeneuve-d'Ascq, je me suis présenté super confiant. Juste avant, j'avais réalisé une super séance et j'ai cru que ça allait être la course parfaite. Pourtant, une fois sur la ligne de départ, aux côtés de Mekhissi, Mehdi Baala et Bob Tahri, je me suis senti envahi brutalement par une sorte de sentiment de découragement. J'ai laissé partir la course. Rapidement j'ai pris 4 mètres, mais dans les 500 derniers mètres je me suis rendu compte que j'étais bien. Donc j'ai relancé, toutefois ça n'a pas été suffisant. Comme eux, j'ai couvert les 500 derniers mètres en 1'10'', mais comme j'étais passé au 1000 mètres en 2'28'' et eux en 2'26'', ça ne pouvait pas le faire. Pourtant, j'avais le niveau pour être devant.
VO2 - Ensuite ?
YK - Le soir je suis resté sur place, car le lendemain je suis parti direction la Norvège pour enchaîner avec le Bislett d'Oslo, avec un souci dentaire. On n'a jamais su de quoi il s'agissait. Toujours est-il que je me suis rendu là-bas sans me faire examiner et sans médicaments. A l'échauffement, durant les lignes droites ça résonnait au niveau de la mâchoire et le choc lié à chaque foulée me faisait mal. En plus, je n'avais pas de bonnes sensations. Malgré tout, je me suis dit qu'il fallait faire abstraction de ça et je suis parti devant. Je restais au contact. Je voulais claquer un bon chrono, mais j'étais vraiment fatigué, j'ai explosé et j'ai fini dernier en 3'52''. Une catastrophe.
VO2 - Psychologiquement, le fait de ne pas avoir réalisé d'entrée les minima A, n'a-t-il pas constitué un blocage?
YK - Sans doute. Je pense que cela a crée un blocage, parce que je me suis retrouvé à courir après les minima de façon quasi obsessionnelle. Il me manquait 6 dixièmes de seconde. Les faire à Berlin aurait été un soulagement.
VO2 - Et comment avez-vous abordé les championnats d'Europe espoirs du 16 au 19-07 ?
YK - Je suis arrivé à Kaunas envahi par le doute en raison de cette contre-performance d'Oslo. J'ai failli me faire sortir en série, alors que j'étais inscrit avec le second temps. Je me suis posé trop de questions. C'est bizarre à expliquer. Ca n'a rien à voir avec du stress. Je me présentais au départ sans confiance en moi. J'avais perdu ce mental de guerrier dont j'étais animé durant toute la saison indoor. En finale, lorsque la course s'est emballée, j'étais mal placé. A 250 mètres de l'arrivée, un coureur a trébuché devant moi et m'a gêné. J'ai eu beau sortir le meilleur dernier 200 mètres de la course, ça n'a pas été suffisant pour monter sur le podium, comme je suis parti de trop loin. Au final, je me retrouve 6ième. Une réelle déception une semaine avant les championnats de France.
VO2 - Êtes-vous parvenu à vous ressaisir avant les France ?
YK - Non. Mentalement, j'étais entamé. J'avais beau essayé de me motiver, une heure avant la course, je n'avais plus envie, frappé par un manque de confiance. Une fois de plus, j'ai laissé partir le bon wagon et à la fin, je ne me suis pas vraiment battu. Du coup, j'avais décidé de mettre un terme à ma saison. Mais mon père m'a appelé le lendemain et m'a poussé à me rendre au meeting de Monaco la semaine dernière. Ma copine et mon entraîneur m'ont également encouragé à tenter cette course de la dernière chance. Ils m'ont répété sans cesse : « Même si tu ne réussis pas les minima, tente au moins de te rapprocher des 3'36''. Comme ça tu n'auras pas de regrets » Bref, il ne fallait pas rester sur un sentiment d'échec tant que je n'avais pas tout essayé. Mais une fois de plus, le jour de la course, je n'avais pas envie de courir. Je partageais ma chambre avec Jeff Lastenet et deux heures avant le meeting, je lui ai dit : « Je ne sais pas, ce que je fais là ».
VO2 - Mais dans ces conditions, comment avez-vous réussi à retourner la situation et à réaliser les minima ?
YK - À l'échauffement, j'ai fait des gammes avec des montées de genoux et je trouvais que mes cuisses étaient super lourdes. Je pensais que j'allais être ridicule et que j'allais sans doute abandonner. Mais dès que j'ai chaussé les pointes et que j'ai effectué mes lignes droites, comme par enchantement, je me suis senti mieux et j'ai retrouvé de la motivation. 10' avant le départ, j'ai même réussi à me mettre de la bonne pression avec l'envie d'en découdre. Je suis parti devant. Cependant, je me suis encore retenu. Je pensais : « Fais gaffe, tu es peut-être parti un peu vite » Là, inconsciemment je me suis laissé doubler et je me suis retrouvé avant dernier. Mais à l'entame du dernier tour, j'étais super bien et j'ai tout fait pour aller rechercher celui qui était devant moi. Aussi à peine avais-je relancé, que je me remets à douter. Donc aux 300 derniers mètres ça part et je me retrouve dernier, perdant 10 mètres. Heureusement à 200 mètres du but, j'ai vu le chrono et j'ai compris que c'était encore jouable. Il me restait 30'' pour réussir les minima. Là, je me suis poussé et c'est passé.
VO2 - Ce résultat, cette fin de la course aux minima, ne vous ont-ils pas libéré ?
YK - C'est clair. Ca m'a redonné un coup de boost au moral et je suis motivé en vu des mondiaux. Bon, je n'ai que le 40ième temps. Donc, je suis loin d'être favori. Maintenant, je n'ai pas dit mon dernier mot. Plus personne ne croyait en moi. Je veux prouver le contraire. Si je retrouve ma rage tout est possible et espoir me retrouver en finale serait exceptionnel.
VO2 - Quand allez-vous vous rendre à Berlin ?
YK - Je décollerai le 12 et les séries auront le 15 à partir de 18h15
VO2 - Ces 10 derniers jours en quoi va consister la fin de la préparation ?
YK - Je vais rester à Font Romeu jusqu'au 11. Même si je cours deux footings par jour, c'est beaucoup de repos. Le matin je pars pour 40' et le soir pour 25'. Je m'adonne à l'art de la sieste, je dors bien et je mange équilibré. En fait, je me ressource. Pour bien me concentrer sur cet objectif, j'ai tenu à déconnecter et à rentrer dans ma bulle. Et pour travailler mon mental, je lis « Champion dans la tête »
VO2 - Et après les mondiaux qu'allez-vous faire ?
YK - Le 29 je vais partir au Kenya et œuvrer bénévolement pour Fungana, cette association humanitaire dans laquelle je m'investis beaucoup. Aussi pour lever plus de fonds, on essaye de monter une équipe pour Fort-Boyard avec Ladji Doucouré, Leslie Djone, Sophie Duarte, Elodie Guégan, Renaud Lavillenie et d'autres. Ça permettrait à l'association de grandir.


















